Projet de fouilles programmées : Nécropole alto-médiévale des Mastraits, Noisy-le-Grand (93)

Sommaire

Introduction

Ce projet de fouille de programmée porte sur une nécropole alto-médiévale qui se situe dans le centre de la commune de Noisy-le-Grand, en Seine-Saint-Denis (93), à 700 m au sud de la Marne. A ce jour, ce sont près de 750 sépultures qui ont été fouillées lors de deux campagnes de fouille préventive (2008-2009 et 2017-2018).

Cette parcelle devait faire l'objet d'un aménagement (ce qui a conduit à un diagnostic en 2015) mais qui a été abandonnée en 2017.

D'une surface de 315 m², ce projet porte sur un ensemble d'environ 200 sépultures attendues mérovingiennes et carolingiennes (données issues du diagnostic réalisé en 2015 par l'Inrap). Les premiers sont inhumés dans des sarcophages en plâtre, ou en fosses construites et les second généralement dans des fosses anthropomorphes.

La fouille sera portée par l'association Archéologie des nécropoles, créée en 2013 et pourrait être réalisé en juin 2019 et juin 2020.

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Historique des recherches

2007-2014

A la suite d'un diagnostic archéologique en 2007, une importante nécropole du haut Moyen Âge avait été fouillée au niveau du n°4 de la rue des Mastraits (Le Forestier et al. 2012) dans le cadre préventif en 2008-2009. A cette occasion, 651 sépultures avaient été mises au jour. En 2014, deux diagnostics archéologiques négatifs au n°7 et au n°19 avaient permis de proposer la limite sud de la nécropole au niveau même de la rue des Mastraits.

Au niveau de la rue des Mastraits, une fouille préventive réalisée par l'Inrap et le Bureau d'archéologie de Seine-Saint-Denis, a permis la mise en évidence de 651 sépultures à inhumations des époques mérovingienne (219 sépultures) et carolingienne (409 sépultures). Vingt-trois sont chronologiquement indéterminées. Une limite fossoyée de la nécropole mérovingienne (à l'ouest) abandonnée à l'époque carolingienne a été mis en évidence. Quatre-cent-dix-huit éléments de mobilier en alliage cuivreux, en fer, en verre et en os ont été décomptés. Cent-trente-et-un sarcophages de plâtre ont été fouillés, douze d'entre eux présentaient des décors encore visibles.

La nécropole pourrait avoir occupé près de 5000 m² entre les rues des Mastraits, du Dr Sureau et Pierre Brossolette. Une estimation basse du nombre d'inhumations pourrait être de 2000 sépultures. Cependant, si l'on considère que des zones de grandes densités existent, alors le nombre le plus important pourrait atteindre près de 5000.

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L'époque mérovingienne

Les sépultures s'étendent principalement à l'est de l'ensemble funéraire fouillé. A l'ouest, un fossé limite le cimetière. Large d'environ 50 cm, long de 24 m, il est conservé au mieux sur près d'un mètre de profondeur. Sa contemporanéité avec les sépultures des VIe-VIIIe siècles est avérée par l'alignement de deux sarcophages en plâtre le long de celui-ci, témoignant également de la « pression foncière » au sein de la nécropole. Les dimensions relativement réduites de ce fossé ne devaient pas constituer un obstacle majeur à la circulation.

Le niveau de circulation de la nécropole est conservé sous la forme d'un radier de pierres, dans le secteur présentant la plus grande concentration en sarcophages.

L'occupation funéraire s'étend du VIe au début du VIIIe siècle. Les sépultures mérovingiennes ont été disposées en onze rangées orientées nord-ouest/sud-est et sont espacées de 0,5 m à 1,5 m. Seule une rangée de sépultures s'interrompt brutalement au niveau où le radier a été observé et où la densité d'inhumations est moins importante. La forme trapézoïdale des sarcophages a entraîné une disposition en éventail pour de nombreux groupes. Au total, 36 groupes de sarcophages ont été observées et 5 groupes de fosses plâtrées ou empierrées.

Quelques sépultures se démarquent par leur position intermédiaire entre les rangées, sans pour autant les perturber. Elles ne se singularisent pas uniquement par leur emplacement mais aussi par leur fosse au pourtour empierré. Il est possible que ces sépultures appartiennent à une phase intermédiaire qui correspondrait à la fin de l'utilisation des sarcophages en plâtre, organisés par rangées. Elles s'implanteraient dans des espaces non occupés, impliquant que les couvercles des sarcophages soient encore visibles par les fossoyeurs (absence de recoupements). Cette hypothétique phase de transition est peut-être même perceptible à l'intérieur des rangées. En effet, plusieurs sépultures se distinguent, dans la mise en œuvre des fosses, par une structure plus ou moins trapézoïdale et constituée de pierres maçonnées au plâtre. Le mobilier de ces sépultures ne permet pas d'affiner cette proposition.

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L'occupation carolingienne

Cette phase concerne les sépultures postérieures avérées par la stratigraphie et correspond aux VIIIe-XIe siècle. L'occupation funéraire carolingienne se situe en grande partie au sud-ouest de l'emprise décapée et regroupe 409 sépultures à inhumation.

Aucune limite anthropique ou naturelle n'a été mise en évidence lors de l'opération. A la fin de l'époque mérovingienne, la limite fossoyée n'est plus respectée et les inhumations sont implantées sur et au-delà (vers l'ouest) de cette dernière. Trois niveaux de recoupements ont été observés et la stratigraphie y est plus complexe. Ce phénomène n'est pas observable dans la partie est de la nécropole, qui semble progressivement abandonnée. Cependant, quelques cas d'inhumations carolingiennes au sein de sarcophages mérovingiens (attestées par des calages céphaliques, la position des avant-bras, des éléments de mobilier et le colmatage rapide du contenant) ont été observés.

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La fouille de 2017

En 2017, la seconde fouille préventive au niveau du côté des numéros pairs de la rue des Mastraits (du 2 au 4) a permis la mise au jour de 97 sépultures. Les pratiques funéraires sont similaires à celles observées lors de la fouille précédente, tout comme le recrutement funéraire (profil démographique de la population). Seul le mobilier diffère en quelques points. Les plaques boucles en fer sont plus nombreuses proportionnellement à la fouille précédente ; les perles sont quasi-absentes (1 seule pour plus de 200 en 2008-2009) et enfin les armes sont au nombre de 3 alors que la fouille précédente en avait livré 2. Cette différence s'explique soit par une occupation légèrement antérieure dans cette partie sud de la nécropole soit par un recrutement différent.

En 2018, la surveillance de travaux (seconde phase de la fouille préventive engagée en 2017) effectuée dans la rue des Mastraits a permis la mise au jour de 5 nouvelles sépultures. Lors de la réalisation de tranchées perpendiculaires à l'axe de la route pour l'installation d'un nouveau réseau de télécommunication et d'électricité, une sépulture mérovingienne dont le défunt, inhumé dans un sarcophage de plâtre, était accompagné d'une truelle en fer a été découverte. Cette nouvelle inhumation permet de repousser de quelques mètres la limite sud de la nécropole que nous pensions se situer juste au niveau de la rue des Mastraits.

Au total, ce sont 753 sépultures qui ont été fouillées sur une surface de 1084 m².

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Des conditions d'interventions exceptionnelles

La parcelle 152, objet de la fouille programmée, jouxte la fouille de 2017 et concerne la suite de la nécropole alto-médiévale.

Ce projet de fouille s'inscrit dans une démarche scientifique cohérente, initiée depuis un peu plus de dix ans. Le même responsable d'opération et une partie de l'équipe de recherche sont intervenus en 2008-2009, 2017-2018 et feront également partie de la campagne de fouilles de 2019-2021. De même, des liens de confiance, de collaboration et de partenariat se sont noués entre les personnels de la commune de Noisy-le-Grand et l'équipe de recherche. Enfin, la population locale est habituée à voir cette même équipe dans le secteur de la nécropole, ce qui facilite la communication (en cas de pillage ou de visites nocturnes sur le terrain par exemple) et a attiré l'attention et l'intérêt de la ville de Noisy-le-Grand.

La parcelle 152 qui se situe à l'angle des rues des Mastraits et du Docteur Sureau n'a pas été impactée par les travaux d'aménagements urbains, comme l'a attesté le diagnostic de 2015. Les vestiges enfouis sont donc en bon état de conservation de la même manière que les sépultures fouillées en 2008-2009 et en 2017. Aucun projet d'aménagement n'est prévu sur cette parcelle.

Ce sont près de 150 à 200 sépultures qui sont encore enfouies dans l'emprise de cette parcelle et qui correspondent à la même grande phase chronologique que les sépultures précédemment fouillées, soit entre la fin du VIè et le XIè siècle après J.-C.

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Problématiques scientifiques

La poursuite de la fouille et des recherches à ce niveau de la rue des Mastraits présente de nombreux intérêts scientifiques.

Le corpus

Il s'agit d'un des corpus les plus important de la région en terme du nombre de sépultures, avec les nécropoles de Saint-Denis (93), Vicq (78) et de Serris (77). La documentation de ces fouilles est parfois très ancienne, en partie inexploitable et le mobilier inaccessible. La nécropole des Mastraits est une des rares de cette période dont la documentation soit complète et utilisable et la collection ostéologique disponible au sein d'un même lieu (dépôt archéologique du département de la Seine-Saint-Denis, à Neuilly-sur-Marne, sous la responsabilité du chef de Bureau du Patrimoine Archéologique de Seine-Saint-Denis, Mr Claude Héron).

Ce corpus est considérable et permet des études paléo-démographiques, taphonomiques, paléo-pathologiques, etc. Ces études ne sont pertinentes que si le nombre de sujets étudiés est important. L'étude de la nécropole des Mastraits regroupant, après le projet de fouilles programmées près de 1000 inhumations est d'entamer des études paléogénétiques. Un première série d'ossements humains ont fait l'objet d'analyses pour la détermination de lien de parenté entre les sujets des sépultures primaires et ceux des sépultures secondaires. Aucun lien n'avait été mis en évidence. Un autre programme de recherche concerne l'étude des génomes anciens du Bassin Parisien, la nécropole des Mastraits à Noisy-le-Grand a été retenu pour la partie carolingienne. Ce sont les génomes anciens de 40 sujets qui vont être déterminé. La fouille programmée sera l'occasion de compléter ces études sur l'ADN ancien en s'intéressant de nouveau aux liens de parenté et à la détermination du sexe des immatures.

Le PCR Archéologie des nécropoles mérovingiennes en Île-de-France

Les résultats issus de l'étude globale de la nécropole participeront pleinement au Programme Collectif de Recherches (PCR) Archéologie des nécropoles mérovingiennes en Île-de-France, regroupant une trentaine de chercheurs (Inrap, CNRS, collectivités territoriales, etc.) et initié en 2013 justement à la suite de la fouille de la nécropole des Mastraits à Noisy-le-Grand. Une publication synthétique des résultats est prévue prochainement. Les participants remettent leur article en 2019 et une relecture sera effectué en 2020 pour une publication à la fin de cette même année ou au début de 2021.

Plusieurs articles de synthèses ont déjà été présentés dans les Rapports d'activités depuis 2013 et dans la Revue Archéologique d'Île-de-France en 2016. De nombreuses questions se sont posées à la suite de ces années de recherches (Le Forestier 2013, 2014, 2015, 2016, 2017) portant sur différents thèmes qui seront développés plus loin : structures démographiques des populations mérovingiennes, évolution de la morphologie crânienne durant le haut Moyen Âge, pluralité des contenants funéraires, liens entre les sujets des réductions et des sépultures primaires (familial ? communautaire ?), etc.

Les études envisagées

Une approche minutieuse permettra la collecte de tous les éléments de stèles qui n'ont pas été observé lors des phases de fouilles précédentes (manque de temps et de logistique) et qui permettrait d'alimenter les connaissances régionales sur la pluralité des types de stèle (Grall 2016, Ardouin 2017). En effet, seuls les blocs les plus significatifs ont été collectés sur le chantier. Lors de la fouille programmée, la totalité des éléments lithiques devront être documentés (photogrammétrie) et observés (traces de taille).

L'observation minutieuse des sépultures à « coffrage de pierres » permettra de mettre en évidence la présence ou l'absence de plâtre dans la maçonnerie de ces structures (Ivan Lafarge, 2016). Ce type de structure funéraire doit également être contextualisé avec les sépultures en sarcophages de plâtre et celles sans contenant apparent. Ce travail, bien qu'il soit déjà effectué dans le cadre de travaux préventifs pourra être traité par les analyses envisagées (datation 14c, Adn ancien, statistique). Il conviendra également de s'intéresser réellement à l'aspect individuel de ces sépultures alors que les cuves en plâtre accueille généralement plusieurs défunts.

Les analyses Adn dont les prélèvements auront été effectuées dans des conditions enfin optimales (autant de manipulations qui n'ont pas pu être réalisées dans un cadre de fouille préventive) permettront d'avérer ou non la présence de liens de parenté entre les sépultures d'un même sarcophage réunissant un dépôt primaire et une, ou des, réductions de corps. Les analyses Adn permettront également, par le biais de l'Adn mitochondrial, d'apporter une détermination sexuelle aux sujets le nécessitant. Par exemple, dans le cas de défunt immature (dont le sexe ne peut pas être défini par la morphologie des os coxaux), il sera possible de travailler sur la notion de genre : quel type de mobilier pour quel type d'individu ? Ce travail a été engagé depuis deux ans dans le cadre d'une thèse par C. Blanchard, participant également au PCR. De même, l'analyse de V. Gallien (archéo-anthropologue à l'Inrap), membre du PCR, sera nécessaire pour ce type d'étude. Céline Bon, du Musée de l'Homme a été contactée pour réaliser ce type d'étude paléogénétique.

De plus, en tant que responsable d'opération, j'ai été contacté par le Musée de l'Homme pour des analyses paléogénétiques de 40 sujets du site des Mastraits de Noisy-le-Grand (93). Il s'agit d'un projet important, d'analyse des génomes anciens humains anciens du Bassin Parisien, copiloté par le Muséum d'Histoire Naturelle (MNHM) et le commissariat à l'Energie Atomique (CEA). Ce projet s'étend sur un transect de 7000 ans et vise à étudier l'impact des transformations culturelles et environnementales (épidémies ou changements climatiques) sur les génétiques des populations successives. Huit périodes ont été retenues : 3 phases du Néolithique, de l'Âge du Bronze, l'Âge du Fer, le Bas Empire, l'époque carolingienne et l'époque moderne. A terme, il s'agit de séquencer 20 génomes avec une couverture de 1 à 10 fois pour chacune de ces périodes. Les résultats issus de cette recherche alimenteront tout à fait les discours sur les réductions de corps avec le mise en évidence ou non des liens de parenté avec les sépultures primaires ; sur le sexe des immatures et leur position dans la nécropole et le type de mobilier (féminin ou masculin) et enfin sur les maladies non macroscopiques (tuberculose pulmonaire, peste, lèpre, etc.). La recherche sur les génomes anciens ne se limitera pas à l'étude des 40 sujets étudiés par le Musée de l'Homme.

Le prélèvement minutieux et complet de l'environnement des objets (jamais réalisé pour les campagnes précédentes) permettra de travailler sur les restes organiques (cuir, tissu, poil, fourrure, etc.). Ce travail sera suivi par H. Huysseune qui a déjà étudié ce type de vestiges (Huysseune 2015). Le mobilier une fois nettoyé et restauré le cas échéant sera confié à J. Soulat pour une étude typochronologique. Ces deux intervenants participent pleinement au PCR.

Les analyses statistiques ont démontré un changement de la morphologie crânienne des individus entre l'époque gallo-romaine et carolingienne sur les sites sequano-dyonisien de Bondy et de Noisy-le-Grand (Le Forestier et al. 2016). Il est indispensable qu'une vérification de cette hypothèse puisse être engagée et le corpus conséquent de Noisy-le-Grand le permet. Une fois cette vérification effectuée, l'étude se portera sur les raisons de ce changement au haut Moyen Âge (périodes de disette, métissage progressif des populations, endogamie, etc. ?).

Depuis de nombreuses années, un intérêt particulier est porté aux techniques de mise en œuvre des sarcophages de plâtre. En 2008-2009, il a été décidé d'effectuer le même travail de démontage systématique des sarcophages de Noisy-le-Grand. Le travail d'observation a été réalisé en collaboration avec I. Lafarge (Bureau du patrimoine archéologique de Seine-Saint-Denis). Ces analyses ont mené à l'étude de près de 130 cuves en plâtre présentée dans le Rapport final d'opération et dans un article publié dans les Actes des XXXe journées internationales d'archéologie mérovingienne (Le Forestier et al. 2015). L'étude sur le terrain des cuves en plâtre doit être menée enfin de façon complète et minutieuse avec un enregistrement exhaustif. Il s'agit de prise de mesure, d'altitudes et d'observation des différentes coulées, des fonds des cuves et des aspects spécifiques : décors, bords biseautés, trous d'évacuation des jus de décomposition ou réparation. Une attention particulière devra être portée à l'observation de la moindre trace de décor, parfois très tenue.

L'objectif de cette fouille programmée est de publier, sous la forme d'une monographie, l'ensemble des données issues des fouilles depuis 2007, intégrant les résultats des fouilles programmées et permettant de retravailler sur les données issues des campagnes préventives.

La méthodologie

Le décapage archéologique s'effectuera à l'aide de moyens appropriés : pelle hydraulique munie d'un godet de curage à lame lisse. Les sédiments décapés en 2019 seront intégralement déposés sur la zone fouillée en 2020 et ceux décapés en 2020 sur la zone qui aura été fouillée en 2019. Le décapage sera effectué bien au-dessus du niveau de l'apparition des sépultures pour collecter un maximum d'ossements en remblai et pouvoir fouiller les sépultures des plus jeunes, parfois décaper mécaniquement car trop peu visibles.

L'utilisation de la photogrammétrie sur l'ensemble d'un chantier n'est souvent pas possible. Une telle fouille programmée sera l'occasion de tester et de proposer ensuite une modélisation totale de la fouille d'une partie de la nécropole. Cette méthode permet également de conserver de nombreuses informations.

L'enregistrement exclusif des données sur le terrain en format numérique permettra de disposer en temps réel du plan de la nécropole et des informations qui lui sont liées. Le SIG Qgis sera utilisé à ces fins.

La fouille consistera à dégager d'abord le creusement selon les méthodes classiques de fouilles de structures en creux. Une coupe transversale sera réalisée le plus souvent possible pour observer un éventuel contenant en bois ou en plâtre, ce qui n'a pas pu être effectué dans le cadre préventif. Les éléments constitutifs des contenants de ce type (cercueil ou coffrage) seront relevés et décrits (clous, pierres de calage, etc.). Dans le cas de contenant en plâtre ou en pierre, les décors et les techniques de façonnage seront documentés et prélevés le cas échéant par un spécialiste de ce type de vestiges.

Le squelette sera dégagé de la terre qui le recouvre. Les relations ostéo-articulaires seront mises en évidence selon les méthodes inhérentes à l'anthropologie de terrain dans le but de comprendre l'espace de décomposition du défunt. Cela concerne les connexions labiles importantes (comme les os des mains par exemple) et les connexions persistantes (os des chevilles), les phénomènes de compression, les effets de parois, etc. Les régions anatomiques importantes à la compréhension des éléments secondaires (linceul, chaussures, coussin céphalique en matériau périssable) seront minutieusement étudiées dans le but d'enrichir la connaissance sur les pratiques funéraires alto-médiévales. Les os retrouvés dans les réductions, vidanges et ossuaires seront démontés os par os et non par zone (dans le cas de la fouille de 2008-2009, une réduction était démontée par secteur, comme secteur nord et secteur sud par exemple). Les remblais et la terre dégagée lors de la fouille seront tamisés pour récupérer les germes dentaires, les plus petits ossements et le mobilier de petite taille. Ces opérations de tamisage seront réalisées sur le terrain.

Les observations anthropologiques seront notées sur une tablette dans une base de données (sexe, âge, métrique) dans le cas ou des régions anatomiques indispensables seront détruites (os coxaux, mandibule et maxillaire pour les sujets les plus jeunes). Tout élément d'habillement (fibules, chaussures, etc.) et tout dépôt accompagnant le défunt sera soigneusement documenté et prélevé selon les méthodes adéquates (en motte, utilisation de bande plâtrées). Chaque squelette sera alors enlevé de la fosse et stocké dans une caisse.

Pour le conditionnement, chaque sépulture se fera flanqué d'un code-barres (ou flashcode, à définir) qui suivra le sujet tout au long du processus d'enregistrement et de conservation. Sur le terrain, le scan du code-barres servira à connaître l'état d'avancement du processus d'acquisition des données : fiche anthropologique, photogrammétrie, prélèvement Adn, prélèvement du mobilier, tamisage des remblais et démontage. En laboratoire (ou même sur le terrain), ce code-barres (qui sera présent dans chaque sac) permettra de connaître l'avancée des études : détermination du sexe, de l'âge, des pathologies, etc. Cependant, lors du rendu du mobilier à l'état ou à la structure accueillante pour le dépôt provisoire, le numéro de sépulture sera écrit sur l'étiquette accompagnant le sac.

Techniquement, le code-barres sera imprimé avec un imprimante spécifique sur des étiquettes en plastique. Il faudra veiller à la pérennité de l'encre. En scannant le code-barres, un fichier Excel s'ouvre alors avec les rubriques correspondantes. Ce même fichier peut être intégré au SIG réalisé sur le terrain. De cette manière, il sera possible immédiatement de connaître l'état d'avancement de l'enregistrement des sépultures.

L'année 2021 sera dévolue aux travaux de post-fouille et à la rédaction d'une partie de la publication. Il n'est pas impossible que l'équipe de fouille puisse intervenir à nouveau sur le terrain si les fouilles n'ont pas été achevées en 2020.

L'équipe de fouille et d'étude

Une responsable scientifique d'opération spécialiste de la période alto-médiévale et archéo-anthropologue qui conduira la fouille et l'étude : Cyrille Le Forestier (Inrap), rattaché en tant que chercheur associé à l'UMR7268, ADES (Marseille).

Les collègues du PCR qui pourront intervenir sur le terrain : Ivan Lafarge (contenants en plâtre), Jean Soulat (mobilier mérovingien), Micheline Kérien (réductions), Hélène Huysseune (restes organiques), Clara Blanchard (question de genre).

L'équipe sera principalement constituée de stagiaires et de bénévoles. Ils seront choisis parmi les universités franciliennes enseignant l'archéologie (Paris I, Paris IV et Paris X) et l'anthropologie (Marseille). Au nombre de 12, ils seront formés à la fouille des sépultures.

Les intervenants

Rachid El-Hajaoui, pour ses compétences en photogrammétrie et parce qu'il a participé aux campagnes de fouilles préventives (2008 et 2017)

Christelle Seng, pour ses compétences en géomatique et l'enregistrement des données informatisées.

Pour l'ADN, Céline Bon du Musée de l'Homme s'occupera de la formation pour les prélèvements et l'analyse des échantillons.

Pour les datations 14c, le laboratoire Beta Analytic a été retenu.

Historique de la valorisation

Les manifestations culturelles directement liées à la fouille de la nécropole des Mastraits ont été variées.

A chaque intervention, un article a été rédigé et publié dans Noisy Mag.

En mars 2009, à l'occasion de la fête du printemps de la Ville de Noisy-le-Grand, le chantier avait été ouvert au public. Une passerelle avait été installée directement sur la fouille pour permettre aux visiteurs de se retrouver en « plein cœur des découvertes ». http://www.inrap.fr/une-necropole-du-haut-moyen-age-noisy-le-grand-4215 et http://www.inrap.fr/500-ans-de-pratiques-funeraires-noisy-le-grand-9387

En 2011, l'exposition Les os font des histoires s'est tenue à l'Espace culturel Michel Simon. Pendant plus d'un mois, cette exposition présentait les résultats de la fouille réalisée en 2008-2009. Le visiteur pouvait par exemple y voir des objets de la vie quotidienne de la population mérovingienne et carolingienne ainsi que des sarcophages ou bien des stèles. Plus de 4000 personnes se sont déplacés pour cette manifestation.

http://www.espacemichelsimon.fr/agen/expositions/39/les-os-font-des-histoires/198

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Lors de l'année scolaire 2014-2015, je suis intervenu dans le cadre de la MICACO (Mission Culture et Art au Collège) dans une classe de 4ème du collège du Clos Saint-Vincent pendant toute l'année scolaire pour élaborer un prototype d'une mallette pédagogique sur le métier de l'archéo-anthropologie. A l'issue de l'année, ce prototype a été présenté à plusieurs archéologues et à des spécialistes du développement culturel. Aujourd'hui, un designer travaille sur la réalisation de cet outil qui pourrait être diffusé sur le territoire national. Lors de cette année scolaire, les collégiens ont pu participer une matinée à un diagnostic archéologique, rue des Mastraits, et dégager quelques sépultures du haut Moyen Âge.

En 2017, quelques classes de l'école Cabrini (CM1 et CM2) sont venues visiter le chantier. A la suite de cette fouille, un lien assez fort s'est tissé entre les habitants du quartier, l'équipe d'archéologues.

Lors de ces opérations archéologiques, plusieurs visites de presse ont eu lieu (télévisuelles, presse papier).

Le chantier était visible du public en continu.

Toutes ces manifestations ont permis au public de suivre pas à pas les travaux de recherche archéologique de ce secteur de la ville de Noisy.

Cette fouille sera l'occasion pour les Noiséens de venir visiter le site archéologique ; d'organiser des « rencontres thématiques » comme La mort au Moyen Âge ou Comment était habillé les Mérovingiens, etc.

A l'issu de cette campagne, des outils culturels pourraient être développés comme un site internet, un livre pour les scolaires, un film pédagogique sur l'archéologie à Noisy-le-Grand, etc. Cette fouille pourrait être également l'occasion pour les Noiséens de venir s'initier à la fouille archéologique, au lavage des ossements, aux premières études de détermination de sexe et d'âge des squelettes, etc. Des bungalows équipés (eau, éléctricité) seront installés sur le chantier. Il est indispensable que des portes ouvertes soient organisées lors des Journées Nationales de l'Archéologie qui se déroule chaque année au mois de juin depuis plus de 10 ans. Cet événement, organisé par la Ministère de la Culture et l'Inrap, bénéficie d'une communication importante relayée par la presse. Une conférence sur site dans le cadre des « Universités du temps libre » pourra être organisée.

L'équipe encadrante (C. Le Forestier, C. Seng et R. El Hadjaoui) fait partie de l'Inrap. Les conditions de sécurité appliquées lors de ces campagnes seront celles définies par l'Institut de Recherches Archéologiques Préventives.

Bibliographie